#MAVOIX dans “Hors parti militer pour résister”, documentaire d’Arnaud Contreras sur France Culture


“Hors parti, militer pour résister”, émission : Militants ! 4 documentaires radio d’Arnaud Contreras sur France Culture

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Il y a des journalistes qui se concentrent sur le commentaire du commentaire du commentaire, des petites phrases des acteurs.actrices du show politique, et puis il y en a d’autres qui prennent leur micro pour aller voir pourquoi les gens, les femmes et les hommes, s’engagent, explorent, expriment ce en quoi ils croient, pourquoi ils résistent à une crise démocratique et institutionnelle sans précédent dans la Vème République.
Arnaud Contreras est l’un de ces journalistes qui prennent leur micro et parcourent la France, et au delà, pour donner une voix à celles et ceux qu’on n’entend jamais.

4ème volet d’une grande enquête de terrain sur les « militants », ce reportage passe le micro à des femmes et des hommes qui résistent politiquement en dehors des structures partisanes.

#MAVOIX a la chance d’illustrer un des 6 témoignages hors parti, aux côtés de Nicolas du collectif Primi Tivi, de Xavier du Mouvement de Libération de la Politique, d’Erwann de la CNT, d’Yves citoyen abstentionniste et d’Etienne du parti du Vote Blanc.

A #MAVOIX, pas d’adhérent, pas de militant, juste des femmes et des hommes libres d’apporter leurs contributions à cette expérimentation démocratique inédite.

Merci à ce journaliste d’avoir accepté notre posture vis à vis des médias : pas de personnification, aucune prise de parole en dehors des réunions publiques où nous sommes réuni.e.s, pour que les journalistes constatent par eux-mêmes ce que nous sommes en train de co-construire ensemble, de façon horizontale, sans porte parole, ni chef.

Ce reportage a été tourné lors d’une réunion ouverte à tous Le Consulat le 20 septembre dernier. On y entend (à la 9ème et 27ème minute) les voix des uns et des autres en pleine action, et un témoignage d’un des participants, venu de la Rochelle, qui parle de sa vision personnelle de ce qui résonne en lui dans l’expérimentation #MAVOIX.

Bonne écoute !

Transcription des 2 passages sur #MAVOIX :
(…)
9’
Une salle dans un squat éphémère parisien. De petits groupes de 10 personnes s’agitent, lancent des idées, collent des post-it sur les murs et dessinent sur une sorte d’immense écharpe extensible jaune dans laquelle ils s’installent.
Cela ressemble à une ambiance de réunion d’inventeurs et c’en est une. Réunis au sein du collectif #MAVOIX, ils sont partisans de la démocratie participative et numérique. Ils veulent hacker l’Assemblée nationale.
Voix 1 : « Il y a le bureau au rez-de-chaussée qui est disponible. Il y a aussi un bar, il y aussi des tables. Donc, chaque équipe peut se retrouver dans l’endroit qui l’arrange. Le bureau ou le bistrot. »

Voix 2 : « Donc l’idée, c’est de prendre des choses comme ça, ça s ’appelle des gumjo, mais on s’en fout. On va écrire dessus #MAVOIX et on va aller sur les marchés et on va aller dans la rue, et on va aller partout dans chaque circo parler aux gens, les rencontrer, les inviter à venir dedans et échanger avec eux sur le sujet. »

Voix 3 : « Donc ce soir, c’était la rentrée et le lancement du collectif #MAVOIX Paris, avec en ligne de mire le hack de l’Assemblé nationale pour le premier tour de l’élection législative, qui est maintenant dans 263 jours. Je m’appelle Thierry, j’ai 41 ans, j’habite La Rochelle. »

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Journaliste « Qu’est-ce que ça veut dire hacker l’Assemblée nationale ? »

Voix 3 : « Ça veut dire quelque chose de très simple qui est de jouer avec les règles. On ne dit pas « ben, il faut changer les règles parce qu’elles ne nous conviennent pas », on dit aussi qu’elles ne nous conviennent pas mais on va jouer avec.
Notre objectif, c’est de faire entrer une dose de démocratie directe à l’Assemblée nationale en faisant élire des citoyens volontaires, formés et tirés au sort, qui, une fois élus députés à l’Assemblée nationale, si les électeurs le décident, retransmettront les choix des électeurs.
C’est à dire que chaque fois qu’il y aura une loi en discussion à l’Assemblée nationale, ils reviendront vers les électeurs au travers d’une plateforme en ligne qui permettra à la fois de discuter, de s’informer, de débattre, puis de faire un choix sur la position qu’on voudra que les députés retranscrivent à l’Assemblée nationale.
Ce qui m’intéresse dans #MAVOIX, c’est justement d’essayer des nouveaux trucs, quelque chose d’inédit. Parce qu’on voit bien qu’aujourd’hui la démocratie est malade et que ça ne fonctionne pas, ou pas aussi bien qu’on le voudrait. Et #MAVOIX, ce n’est peut-être pas la réponse miracle, mais c’est au moins une réponse qui permet de tester quelque chose de nouveau. Parce qu’aujourd’hui, ce que peu de gens savent, c’est qu’ils confient leur voix à un député qui lui-même se la voit confisquer par quelques personnes, en général les dirigeants de son groupe politique ou de son parti.
Et donc, aujourd’hui, les députés sont dépossédés du suffrage qu’on leur a confié. L’idée de #MAVOIX, s’est que chacun puisse se réapproprier sa voix, d’où le nom #MAVOIX, son suffrage, et redevenir acteur de sa propre vie, parce que ce sont les lois qui régissent nos vies. Et moi, je ne veux pas continuer à les laisser écrire par 3 personnes qui, en plus, ne sont pas les personnes que j’ai élues. »

Journaliste : « Vous avez été militant politique Thierry ? »

Voix 3 : « Oui, j’ai fait de la politique pendant 20 ans.
J’ai été au Parti socialiste, mais il y a à #MAVOIX des gens de tous les horizons et surtout des gens qui ne viennent d’aucun parti. Et moi, ce qui me plaît beaucoup à #MAVOIX, c’est ça.
Parce que je connais trop la tentation groupusculaire, les gens qui partent d’un parti, qui créent un autre parti plus petit et puis après, on se rassemble entre gens aigris des différents partis et on essaie de faire quelque chose.
Là, à #MAVOIX, il y a plein de gens qui n’ont jamais fait de politique de leur vie. Et c’est ça qui est vraiment passionnant. Et on arrive à faire des réunions à Paris à 200 où il y a plus de filles que de garçons. Moi, je n’ai jamais vu ça dans aucune réunion politique. Et c’est vraiment très revigorant et ça donne beaucoup d’espoir.
Et puis aussi, ce qui est très intéressant pour moi, c’est de faire ça de façon totalement désintéressée. Après, c’est chacun avec sa conscience, mais moi, c’est sûr je ne serai candidat à aucun des tirages au sort organisés par #MAVOIX.
Mon idée, c’est vraiment de mettre mon expérience de la chose politique au service des autres. »

Bruits de manif « la démocratie, ce n’est pas facile, ça prend du temps, c’est long »

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Voix 3 : «L’affiche de #MAVOIX, elle n’est pas du tout conventionnelle, puisqu’il n’y a pas la bobine des candidats comme sur les autres affiches, il y a un miroir. Avec comme slogan : Qui me représente le mieux ? Et l’idée, c’est que quand on passe devant l’affiche, on se voit dedans et on prend conscience du rôle qu’on a à jouer soi-même dans l’élaboration des lois et la fabrique de la loi. Et ça nous a aussi permis de faire une campagne qui elle aussi n’était pas conventionnelle, puisqu’on a fait une campagne de rue devant les panneaux électoraux.
Les strasbourgeois, les contributeurs de #MAVOIX Strasbourg, attrapaient les passants, entre guillemets, dans les rues, les amenaient devant l’affiche et leur demandaient de réagir, de dire ce que ça leur faisait. C’était vraiment un moment d’échange démocratique très touchant.
Et je me souviens du témoignage d’un passant comme ça, qui devait avoir une quarantaine d’années, un monsieur qui disait : « moi, j’étais bien embêté parce que je me disais, je vais pas aller voter, et en même temps, j’étais très ennuyé de ne pas exercer mon droit de vote, parce que c’est quand même important. Et là, en voyant #MAVOIX, je me dis que peut-être que je vais pouvoir voter sans me trahir pour une fois. »
(…)

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Voix 3 : « Le bonheur de la rencontre humaine, c’est d’aller à la rencontre des gens, de retourner vers l’autre. En fait, ce que j’aimais plus du tout dans un parti classique, c’est que ça fonctionne en vase clos et qu’on finit par être de moins en moins nombreux et on reste juste avec les gens avec lesquels on est le plus d’accord sur tout. Et #MAVOIX fait le pari inverse.
L’idée de #MAVOIX, c’est que la démocratie, c’est une conversation et que notre sujet aujourd’hui, c’est de renouer la conversation, de retourner à la rencontre de l’autre, dans sa différence. Peut-être qu’on ne sera pas d’accord, on sera d’accord sur un sujet, le lendemain, on sera en désaccord, le surlendemain on sera à nouveau d’accord et c’est ça qui fait la richesse de la démocratie, de se reparler et de renouer la conversation.
Et ça, c’est ce que m’apporte #MAVOIX aujourd’hui et que je ne trouvais plus du tout dans le parti dans lequel j’étais. »

Journaliste « Qu’est-ce que les partis politiques vous renvoient ? »

Voix 3 : « Le sentiment qu’on a, c’est que ça les déstabilise un peu. Ils ne comprennent pas trop ce qu’on cherche. Parce qu’ils comprennent plus tout à fait je pense, mais ça, c’est mon avis personnel, les attentes de leurs électeurs. Donc ça les déstabilise et en même temps, ça les renvoie aussi à la crise de leur parti quand des gens se mettent à être intéressés par #MAVOIX et plus du tout par les partis politiques traditionnels, c’est bien le signe qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez eux. »
(…)